En vrac et contre tous

Duel

Enfin ! Elle est partie, elle a compris!
Pas tout à fait, mais bon...
Ses raisons sont les seules qui comptent, la seule vérité.
Je la déprime, je lui fait peur, je la dégoute.
Si ça peut la préserver, je vivrai avec ça.

Elle s’imagine que j’en suis fier. Que je m’en vante. Le crie sur les toits.
Pourtant… J’ai pas de tattoos disant "FTW", pas de croix gammée, rien de ce genre.
J’ai un côté sombre, oui. Nous en avons tous. Même ceux qui se contentent de "gentiment" se payer la tête des autres, même ceux qui sourient en te disant "ta gueule, je ne veux rien entendre de toi".
Je l’ai extériorisé, oui, mon côté sombre. À peine. Pour m’en exorciser. Pas pour le vomir sur les autres, pas pour noircir leurs couleurs.

Je ne crois pas à la pensée magique, je n’y crois plus.
Se dire que tout est rose, se forcer pour voir la vie en rose, ça ne la rend pas plus belle, pas plus facile.
Tapisser sa vie de rose, ad nauseam, c’est nier que d’autres couleurs peuvent aussi être belles. C’est se priver de beaucoup de beauté. C’est nier la réalité.

J’admets que j’ai tellement tenté de lui expliquer qu’elle a du penser que je tentais de l’attirer dans ce côté sombre. J’aurais du la laisser briller de toute sa splendeur, ça ne m’aurait pas tué.

C’est pas beau, le noir. Faut pas en mettre partout. Faut quand même être aveugle, ou vouloir l’être, pour pas voir que le noir fait ressortir l’éclat des autres couleurs.

Savoir le noir, le reconnaître, savoir le doser, le contrôler… telle est ma quête.

Ce côté noir l’a effrayée. Après l’avoir enfin aperçu (je ne lui avais pourtant jamais caché) elle ne voulait plus voir que lui. Avant de quitter elle m’a accusé de le crier sur les toits, de l’exhiber à la vue de tous. Je l’ai écrit ici, et lui ai dit à elle, point. Pour les toits, on repassera… La vue de tous alors que je n’ai fait confiance qu’à ses beaux yeux…

Aurait-elle préféré que je lui mente ? Mentir c’est noir aussi.

Enfin… elle est partie.
Elle me manquera.

Je lui avais tant promis!
Toute ma lumière.
Je ne l’offre pas à n’importe qui.

Hier, justement, ironiquement.
Le jour même où j’ai surpris une conversation entre deux collègues.
Enfin caché derrière ce "demi-mur" promis depuis des semaines.
J’étais là, assis à mon bureau, en latence, quand ils sont entrés, sans me voir.

Sans un mot, sans bruit, je les ai laissés parler, reprendre là où ils étaient avant de pousser la porte : "... n’hésite pas, il se fera un plaisir de t’aider." -"Mais je ne lui ai jamais vraiment parlé, j’ai peur de le déranger." -"Es-tu folle ? C’est le gars le plus serviable de la place ! Son humour est parfois douteux, mais tu vas vite t’habituer." -"Si tu le dis..." -"Sérieusement, c’est une perle. Il se donne un air sévère parfois, mais j’ai jamais eu de dispute avec lui. Ça fait 7 ans que je le connais, dont 3 ans à partager un bureau..."

Je l’ai pris en pleine gueule!
La perle, c’est moi?
Mon ex-partenaire, récemment promu (belle excuse pour déplacer mon bureau), tentait de rassurer sa jeune remplaçante. 23 ans à peine, bourrée de talents, pleine de potentiel, mais sans expérience.
Certainement pas l’expérience de travailler avec moi.

Perle… une perle… je peux en être une, j’en suis une. Aussi. J’ai tendance à oublier. J’avais oublié ! J’avais sombré...

Celui qui prépare le café, celui qui change la bouteille d’eau, celui qui apporte des chocolats et des friandises pour la bande du bureau, celui qui met ses tâches de côté pour aider les autres à finir les leurs, celui qui fait toujours rire, enfin qui essaie toujours, celui avec des années d’expérience et de contacts bien placés, celui avec des idées originales et des solutions pratiques et concrètes…

Celui qui revient, début 2017, après une année 2016 plus que pénible qui l’avait refoulé 11 ans en arrière, lorsque…

Quelle ironie que je les entende maintenant…

Adieu ma jolie.