En vrac et contre tous

Lumineux

"Ce n’est pas en regardant la lumière qu’on devient lumineux, mais en plongeant dans son obscurité" - Carl Gustav Jung

Heure avancée de l’est, enfin!
Une heure de sommeil perdue, en théorie.
Tant d’heures d’ensoleillement de gagnées !

C’est pas aujourd’hui, à 15 degrés sous zéro et des vents de 25 km/h, que j’en ai profité.
Surtout avec ce mal de jambes. En forme, je serais sorti, au moins un peu, pour célébrer le retour de la lumière.

Mais les températures douces vont bientôt s’installer pour de bon. Avec elles, je sortirai. Je retrouverai cette énergie qui m’a cruellement fait défaut ces dernières semaines; sans énergie, pas de moral; sans moral, pas de morale.

Fini, ce passage à vide, derrière moi.
À l’avenir, faudra voir à l’éviter.
Bien sûr, ce serait mieux de l’éviter.

C’est épeurant un passage à vide.
Moins pour soi, on a déjà connu ça (bon, déjà on ne le craint pas tant qu’on ne réalise pas y être...).
Pour les autres, surtout. Ceux qui n’ont jamais connu ça, d’abord.
Ceux qui ne nous connaissent pas, ensuite.
Les premiers nous croient faible, se croient plus forts.
Les seconds nous résument à ça. Ça les rassure je suppose.
Tout ce beau monde s’imaginent que ça ne peut pas leur arriver, que ça ne leur arrivera pas.
Alors ils fuient, ils te fuient.
À ceux là, je souhaite bonne chance. Si ils ne peuvent regarder la noirceur des autres en face, ils ne sauront jamais accepter la leur. Vaut mieux qu’ils ne connaissent jamais l’épreuve, encore moins l’échec. Ils risquent de se découvrir des noirceurs insoupçonnées, des vices, des tics...
Leurs petits coeurs risquent de flancher.

Le dernier (passage à vide) en lice était particulièrement sombre, pourtant j’en parle déjà au passé. Naufragé, j’ai touché le fond. Un instant, à peine, juste assez pour rebondir vers la surface.
Annuellement, avec nos hivers et ce manque de soleil, d’énergie, je souffre d’une baisse de régime. Mais rien, absolument rien, de comparable.

Courir… c’est un peu comme courir, pour moi. Je n’y avais pas pensé.

Je cours pour le plaisir (quand je ne suis pas blessé), pour me vider l’esprit, pour me détendre… Pas pour impressionner, pas pour briller, pas pour performer. Mis à part la course à pied en tant que telle, je ne m’entraîne pas. Quand je ne cours pas, je ne suis pas au gym à me construire un excédent musculaire. Je cours sur mes propres réserves. Si je me suis mal moins bien nourri dans le jours qui précèdent, je les épuise vite ces réserves.
Alors, les derniers km deviennent un vrai calvaire.
Surtout que je ne suis pas un parcours précis, je préfère improviser au fur et à mesure, les tracés bien définis ne sont pas pour moi; je n’emprunte pas, aveuglément, les chemins qu’on veut bien m’indiquer, m’imposer. Le confort des autres, celui que je n’ai pas "développé", c’est pas pour moi, non merci. Parfois j’en paie le prix...
Je me retrouve parfois à courir plus loin, plus longtemps, que je ne le devrais.

Certains coureurs s’apportent des jus, des gels, des barres énergisantes pour refaire le plein artificiellement et se croire meilleurs… pas moi. Parfois, rarement, je porte ma ceinture avec des bouteilles d’eau; la plupart du temps, je n’en bois même pas.
J’ignore pourquoi, mais je fais comme ça.

Une chose est claire, ce n’est ni par bravoure, ni par bravade.
Peut-être (sans doute?) que c’est parce que je suis issu d’une famille plus que modeste, sans ressources. J’ai déjà connu la misère.
J’ai déjà eu faim. Faim sans avoir à manger, ni les sous pour en acheter, ni personne pour m’en donner.

Peut-être (sans doute?) que c’est parce que j’ai toujours été un solitaire, autosuffisant. Je suis né dernier dans une famille si nombreuse que mon arrivée a à peine été remarquée. Je me suis construit, moi-même, en vrac et contre tous.

J’ai appris à ne dépendre de rien, ni de personne.