En vrac et contre tous

Riennéant

Assis dans la pénombre, ma chambre est toujours aussi froide.

Pas de travail aujourd’hui. Congé "forcé", congé orchestré par mon esprit malin.

Je pourrais travailler quand même, je devrais. J’ai accepté un truc que j’aurais pas du. J’ignore pourquoi. Pourquoi on a confiance en moi. Je devrais m’y mettre. Je m’y mettrai pas, pas tout de suite. Plus (trop?) tard, je ferai. Quand le temps viendra à manquer, quand la "pression" sera là. Quand j’aurai pas le choix. Parce qu’un jour ou l’autre il faut céder, il faut sauver la face. Parce que sans la face, tout s’écroule. Si tout s’écroule, TOUT s’écroule. Tout pourrait bien s’écrouler, j’en ai rien à cirer. Mais je manque de courage. Si j’avais un gramme de courage, TOUT se serait écroulé il y a longtemps.

Encore une fois je sauverai la face. Quand il sera pratiquement trop tard. Je livrerai la marchandise. Ils se féliciteront de m’avoir fait confiance. Sans savoir qu’ils auraient pas du. Sans savoir que j’aurais pu, pu tellement plus, pu tellement mieux. Sans savoir que j’ai tout fait à reculons, du bout des doigts…

Pas de travail aujourd’hui. Congé "forcé", congé orchestré par mon esprit malin.

Couché… j’aurais voulu rester couché. Yeux ouverts ou fermés, pffffffffff, sur rien de toute façon.
On m’a réveillé. Avant de partir, on m’a réveillé.
Il était pas là avant, ce "on". J’étais bien avant, seul. Bien seul.
Pas bien, mieux. Mieux que… mieux que rien. Seul au moins, seul dans le néant, dans mon néant, sans y aspirer personne.

Levé, café, douché… douché pour quoi, pour qui ? Remis le même pyjama, celui de la nuit, il avait même pas eu le temps de refroidir.

Sur mon fauteuil, dans le coin de ma chambre, sur ma gauche l’ordi de table. Des camgirls que je regarde même pas, jamais, presque jamais. Sont pas là pour m’allumer, sont là pour me tenir compagnie ? Autant qu’une plante verte dans le coin. J’aime pas les plantes, pas en pots. Sont belles dehors.
Les girls me fascinent à leur façon, sans que je les regarde, sans que je les vois. Leur présence me rassurent : il y a pire que moi. Leur présence me fouette aussi : il y a plus courageux. Elles s’assument. Je veux qu’elles s’assument. Je veux qu’elles soient là par choix, je refuse que ce soit par crainte qu’un mec les tabasse. J’ai besoin de leur courage. Leur courage me rassure, confirme mon rien, mon néant, mon inexistence.

J’aime mieux savoir que je ne suis rien que de ne pas savoir ce que je suis.

Portable sur mes genoux, pour y vomir mon rien, mon néant.
Ça sort bien aujourd’hui, sans effort, ma bile noircit l’écran.

Je resterai ici, comme ça, sans raison, à m’abrutir encore un peu plus.

Je pourrais sortir. J’ai décidé que j’ai trop mal aux jambes pour aller marcher. Pratique, ce mal.

Dans la pénombre, comme ça, sans fin.

Je déconne, il y aura malheureusement une fin, toujours une fin.

Comme ça, quelques heures, avant qu’ils n’arrivent.

Ceux dont j’ai jamais voulu. Ceux que j’ai été trop bête pour éviter. Ceux à qui je me suis attaché malgré… rien, malgré moi.

Moi… Moi je ne suis rien, je n’ai personne, je n’aime personne, je ne veux personne. J’ai voulu. J’ai aimé. J’ai eu. J’ai perdu. Jamais plus!

Ceux qui viennent à moi, par la force des choses, ils seront là dans quelques heures.

D’ici-là… rien, néant. Soupirs et déni.

Déni de cet espoir sournois.

Espoir incarné dans ce téléphone portable que je feins d’ignorer, posé là pourtant, bien en vue.

Je ne veux pas lui parler, je ne devrais pas lui parler. Vaut mieux, pour elle, qu’elle m’évite. Elle a rien à tirer de moi.

Moi… Moi je ne suis rien, je n’ai personne, je n’aime personne, je ne veux personne. J’ai voulu. J’ai aimé. J’ai eu. J’ai perdu. Jamais plus!

J’aurai pas le courage de l’ignorer, je le sais.

Elle viendra pas. Je lui souhaite de pas venir. Elle a sûrement bien d’autres chats à fouetter. Je lui souhaite d’avoir d’autres chats à fouetter.

Je veux pas qu’elle vienne par dépit, je veux pas qu’elle vienne parce qu’elle a rien.

Je ne suis pas mieux que rien!